Jules et moi venions de passer le cap des 3 ans de relation.
Un record. J’allais enfin pouvoir retrouver l’inspiration pour ce blog.
Ben oui, mes Desperate.
Quand tout va bien, quand je me sens in love et portée, je n’ai rien à écrire ici. Aucune mauvaise foi. Aucun besoin de thérapie par l’écriture, je vis ma vie et j’en profite.
Heureusement pour ce blog, je venais donc de passer le cap des 3 ans, j’arrivais à vivre en garde alternée à mi-temps chez moi avec mes ado et à mi-temps chez mon Jules, juste nous deux en amoureux.
La frontière est mince entre juste en amoureux et juste en s’ennuyant, mais avant que je m’étende sur cette subtile interprétation du moment présent, laissez-moi vous raconter notre dispute improbable des 3 ans.
Là, j’ai vraiment réalisé que j’avais passé un cap.

Préambule
Si un jour, il vous prend l’idée de rendre publics vos états d’âme, comme je le fais là, faites-moi une promesse !
Ne révélez JAMAIS, oh grand jamais, même après l’orgasme, même sous l’emprise du champagne, ne révélez JAMAIS, le nom de votre blog top secret. J’ai fait l’erreur de le dire à un ex-Jules et j’ai été totalement bridée pour démolir ce gros connard quand il m’a larguée. J’ai retenu la leçon et le Jules actuel connaît vaguement l’existence de ce blog mais 1/ il ne pourrait pas le retrouver 2/ il ne se doute pas que j’ai des choses à y écrire en ce moment 3/ il n’imagine pas mon talent avec chat gpt pour générer des images. Je suis donc totalement libre d’exposer mes pensées les plus immorales…et de me faire rire un peu avec cette sale histoire.
La dispute qui te donne un coup de vieux
Desperate Quadra. J’ai hésité en choisissant ce nom de blog justement. Je me suis dit que j’allais bien finir par sortir de la quarantaine et que le nom serait trop vite obsolète. Je l’ai gardé quand même en pensant qu’il serait facile de passer à DQ, Desperate Quinqa. Mais là, notre dispute venait de me propulser dans DP.
Desperate Papy et je n’avais que 47 ans.
OMG !
Nous sommes donc à table, peu après nos 3 ans, un bon verre de vin pour trinquer et le traditionnel plateau de fromages AOP faisant office de dîner.
Jules me raconte sa journée de manière innocente. Il a couru partout de chantiers en rendez-vous, comme d’habitude, et il est passé à la pharmacie. Ça fait 2 mois qu’il n’avait pas pris son traitement.
Moi, innocemment : « quel traitement? »
Lui, tout autant innocent : « pour le cholestérol ».
Silence.
Moi, ne voulant toujours pas y croire : comment ça ? Tu prends de la levure de riz rouge?
Lui : Heu, non je ne crois pas que ce soit ça. Des cachets.
Moi : quoi? Tu prends des statines? Mais, quand on s’est rencontrés tu m’as dit que tu étais en excellente santé, que tu faisais souvent des bilans sanguins pour ton travail et que tout allait bien. Depuis combien de temps tu prends des statines?
Lui, agacé : ben je suis en bonne santé! J’avais du cholestérol il y a 2 ans, le médecin m’a donné un traitement et je n’ai plus de cholestérol.
Moi, anéantie : mais, tu ne m’en as pas parlé?
Lui, surpris : excuse moi chérie, je ne voulais pas te faire des cachoteries, je ne pensais pas que c’était important pour toi. Pour moi, c’est un non sujet. Je mange bien, des produits de qualité. Je cuisine. J’adore les légumes et je n’ai plus de cholestérol depuis les cachets. Je ne vois pas où est le problème.
Moi, fermée comme une huître, super vénère. J’ai juste envie de lui envoyer son plateau de fromages dans la tête. Je ne peux pas lui dire la vérité.
Qu’est ce que je vais bien pouvoir inventer pour qu’il me comprenne sans le vexer à jamais?
Faire preuve de pédagogie et délicatesse.
Hummm.
Je baratine un truc.
Pour la première fois en 3 ans, il s’offre un dessert et sort des glaces du congel.
Goujat.
Je boude une semaine. On se réconcilie à l’horizontale, mais le spectre des statines rôde encore. 3 ans de relation. Les dossiers s’accumulent.
Mais à toi, chère lectrice, je te partage ma vision, car je peux sans gêne. Sans crainte de te perdre.
J’ai donc misé sur le mauvais cheval.
C’est aussi simple que ça.
A quoi reconnaît-on un mauvais cheval?
Le mauvais cheval est de mauvaise foi.
Je mange bien. Tout le monde fait du cholestérol. D’ailleurs, mon médecin m’a dit que ce n’était pas lié à ce que je mange. (Ce que tu bois peut-être chéri ?). Je bouge tout le temps, c’est mieux d’être actif quotidiennement que sportif une fois de temps en temps.
Le mauvais cheval a du ventre.
Je l’ai rencontré avec son ventre, remarque. Y a pas eu vice caché sur le produit. J’ai focalisé sur ses pec et ses biceps et j’ai regardé mes cuisses pour bien confirmer que je n’étais pas non plus parfaitement dans les standards attendus. Son ventre m’a toujours posé problème, surtout l’été, mais je voyais bien le ridicule à ne pas s’en accomoder.
Si tu cherches un homme de 50 ans sans ventre, sans calvitie, sensible mais virile, te soutenant mais sans attitude paternaliste, disponible mais pas étouffant…bref t’as compris, à part son ventre, je trouvais que globalement cet homme là était un excellent choix.
Le mauvais cheval ne changera pas.
Et au bout de 3 ans de relation, ça y est tu l’as intégré, tu devras te contenter de celui que tu as choisi. Récemment, j’ai entendu un humoriste résumer ce fait en ces termes : un homme choisit sa femme parce qu’elle lui plait. Une femme choisit son homme parce qu’elle estime que c’est une « bonne base ». Qu’à partir de l’existant, elle pourra le façonner vers un homme qui lui plait vraiment. C’est exactement ce que je traverse avec la crise des statines. Je dois admettre qu’il n’a jamais RIEN promis sur son physique. C’est moi qui me suis dit : il va faire des abdos pour me plaire. Je m’entretiens, il va forcément s’entretenir aussi.
Le mauvais cheval était déjà un mauvais cheval.
Le soir de notre rencontre, nous dinions en terrasse. Atmosphère idyllique. Discussion palpitante. Je le connaissais depuis des années. Cet homme m’avait toujours plu et ce soir là, j’étais littéralement en admiration, complètement sous son charme. Je suis allée aux toilettes avant de partir et en revenant, quarantaine oblige, dans l’obscurité, j’ai eu du mal à le reconnaître. Inavouable. Sa silhouette de profil était celle d’un vieil homme. J’ai eu un moment d’hésitation.
Je me suis imaginée en couple avec cette silhouette de vieil homme. Répugnant, je me souhaitais mieux. J’avais le choix encore. J’aurais pu choisir un autre cheval. Mais, j’étais lasse de cette course, cette chasse à l’homme plutôt. J’ai eu envie de trouver du répit dans ses bras. J’ai savouré son engagement manifeste à mes côtés, son investissement pour nous. Et je me suis endormie lovée dans ses bras, totalement enveloppée par ses épaules rassurantes et sa bidoche confortable dans mon dos.
Si je suis honnête, j’avais pas besoin de savoir qu’il prenait des statines pour savoir qu’il était profil à risque : tour de taille supérieur au tour de hanches, rythme professionnel insoutenable, poly-endetté, divorce conflictuel, pas d’activité physique, insomnies, alcool, roi du barbecue et des sauces en tout genre, carte de fidélité à la cave, à la boucherie et la crèmerie.
Et maintenant?
Comment je lui dis que j’ai honte et peur ?
Je vais 2 fois par semaine au crossfit, je suis devenue addict au dead lift en même temps qu’il découvrait son cholestérol.
Je suis entourée de BG torses moites qui comptent leurs tractions (j’aurais dû débuter quand j’étais célib d’ailleurs). Mes copines m’appellent « Mme bonne conscience » car j’ai toujours fait gaffe à ce que je mange et ce que j’apporte en soirée (les tomates cerises et le houmous, c’est moi !). Mon travail repose aussi sur le bien vieillir. C’est un vrai « why » chez moi. Je milite pour que les gens comprennent l’impact d’une hygiène de vie saine sur leur santé.
Je suis donc révoltée contre moi de m’être effacée dans mes valeurs fondamentales au point d’avoir misé sur un mauvais cheval.
Je me vois finir veuve ou avec un invalide. En tout cas, avec un homme qui fait plus que son âge, et qui sera limité très vite dans ses capacités. Statistiquement dans 10/15 ans au mieux, il aura de l’hypertension, un AVC ou une crise cardiaque.
Beau programme.
Aura-t-il un déclic qui le fasse réagir? Pour changer de mode et de rythme de vie? Pour qu’on profite enfin, plutôt que de simplement se reposer ensemble après des journées professionnelles éreintantes?
Suis-je la seule femme à être aussi exigeante – alors que bien sûr je ne supporterais pas un homme qui me fasse un commentaire sur un cheveu blanc ou mes rides?
Je n’ai pas de conclusion à cet article.
Commentez chères lectrices, dites-moi, voyez-vous le vieillissement de votre homme avec bienveillance ou colère?



